| | Titre : Ikebukuro West Gate Park Titre original : 池袋ウエストゲートパーク Auteur : Ishida Ira Origine : Japon Date de première publication au Japon : 1997 Date de première pubication en France : 2005 Editeur Français : Philippe Picquier Nombre de volumes en France : 3 Nombre de volumes au Japon : 9 Traduction : Anne Bayard-Sakai
Résumé : Bienvenue à Ikebukuro Park. Dans ce square ouvert aux aventuriers urbains, à la sortie ouest de la gare d’Ikebukuro, se croisent les filles en minijupe et les musiciens en herbe jusque tard dans la nuit. C’est là que Makoto et sa bande d’amis ont établi leur QG. Makoto a dix-neuf ans, il habite seul avec sa mère. C’est un trouble shooter, un « solutionneur d’embrouilles ». Des embrouilles, il n’en manque pas dans ce quartier où se rencontrent gamins à la dérive, yakuzas, filles perdues et clandestins dans le Japon de l’envers. (officiel)
Note : Ikebukuro West Gate Park a reçu le prix Oru Yomimono de la littérature policière au Japon en 1997. Un drama et un manga verront le jour suite à ce succès littéraire. Cette série de romans est aussi connu sous le nom de IWGP. |
Critique : 3 volumes sont sortis à ce jour en France et il fut décidé de faire une chronique commune. La raison est simple : ces 3 opus peuvent se déguster d'une seule traite et chaque chronique peut se lire de manière indépendante des autres.
Ishida Ira a réussi à créer une saga avec des protagonistes ayant une véritable histoire et un récit pleinement inscrit dans son temps.
L'auteur connaît bien Ikebukuro et nous en fait partager les moindres méandres. Mieux il nous transporte dans l'ambiance si particulière de cette partie de la capitale japonaise, si bien qu'on a la réelle impression d'en pénétrer les différents secrets.
Si Ikebukuro est souvent classé comme une oeuvre policière, il s'agit surtout d'une chronique sociale témoin de son époque et de ses règles bien spécifiques. Plus que la solution d'un problème donné (que Makoto arrive à résoudre en permanence), ce sont bien les relations humaines qui font la saveur de cette oeuvre. On est loin des figures manichéennes qui entrelacent ce genre d'individus. La bande des G-Boys n'est pas un groupe de délinquants en puissance ne cherchant qu'à parsemer l'insécurité dans leur quartier. Ce n'est pas non plus un ensemble de chevaliers modernes prêts à défendre la veuve et l'orphelin. Ce sont tout simplement des jeunes gens qui vivent avec leurs principes établis.
L'un des grands tours de force est d'avoir réussi à s'éloigner d'une thématique purement moraliste. Là où un Murakami se serait engouffré dans un descriptif prêt à choquer le grand public, Ishide Ira se contente de mettre en exergue la vie de ces individus. Quelques soient leur âge ou leur origine sociale, ils finissent par se croiser dans le quartier d'Ikebukuro qui est un monde bien à soi (une des nouvelles met d'ailleurs en avant l'idée d'une monnaie locale).
Ishida Ira ne se contente pas de descriptifs, son discours est percutant avec des phrases qui font mouche. L'auteur jongle aussi bien avec les mots qu'avec l'humour pour nous amener à une perception certes subjective mais qui semble coller à la réalité. Makoto devenant un excellent guide où pour nous introduire au Japon où notamment il s'exprime ainsi : « J'habite quand même dans un pays où une starlette de 13 ans déchaîne des passions jusque chez des mecs d'âge mur ».Dans cette faune urbaine se dégage une belle humanité avec des personnages comme Le Singe ou Takashi, le roi des G-boys, qui ne sont certes pas des enfants de chœur mais qui dégagent une réelle empathie auprès des lecteurs. Parfois il nous est gratifié de chaleureux moments de partages évasifs comme cette rencontre avec le personnage de Kassif dans le premier volume. L'auteur a su créer un véritable groupe qui nous devient très rapidement familier. 3 volumes et pourtant l'auteur suscite toujours autant l'intérêt. Les pages s'enchaînent sans que l'ennui ne vienne pointer son nez. Au contraire on ne demande qu'à revenir dans cet étrange quartier car Makoto et ses potes ont vécu bien d'autres aventures. Mais laissons la dernière phrase au héros de ces récits :
« C'etait mon Ikebukuro. C'était ma ville ».