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KOCHIPAN

Un autre regard sur l'Asie orientale


Interview : Vlatka Jovanovic (China Calling)

Publié par Kochipan sur 6 Mars 2015, 08:00am

Catégories : #Interviews

vlatkastudio.jpg Depuis le début de l'année 2015, la radio en ligne hongkongaise GFM fait souffler un vent d'air frais musical à travers l'émission China Calling. L'idée est de faire découvrir la scène musicale indépendante chinoise chaque semaine à travers des morceaux, reportages et interviews. C'est Vlatka Jovanovic qui présente et réalise ce très beau programme. Une passion qu'elle fait partager avec le plus grand nombre et avec un réel soucis qualitatif. C'est avec Kochipan qu'elle a aujourd'hui rendez-vous...

 

Bonjour pourriez-vous vous présenter aux lecteurs de Kochipan ?


Salut, je m'appelle Vlatka, je suis originaire de Zagreb en Craotie mais j'ai vécu dans différents endroits. De la Croatie en Allemagne en passant par les Etats-Unis, Singapour et maintenant Hong Kong. Je suis la présentatrice et la productrice de l'émission radio « China Calling » sur GFM, une radio en ligne de Hong Kong.

Comment avez-vous fait la transition entre le tennis et la musique ? 

Je dirai que je remercie vraiment mon père pour m'avoir proposé des sons rock'n'roll depuis que je suis enfant. Ce fut toujours bruyant dans notre maison, la musique est la première chose par laquelle on commence le matin. Les premiers contacts furent avec les Kinks, les Sex Pistols, des enregistrements d'Elvis Costello ou bien de Neil Young, The Smiths, Oasis, Placebo...pour en nommer quelques uns. Mon père est un rocker, j'ai donc cette passion grâce à lui !

J'ai joué du tennis durant toute ma vie, depuis que je suis petite et c'était une grande partie de ma vie. Je compare souvent cela à un musicien qui joue d'un instrument, par exemple de la guitare pendant des heures et des heures et qui pratique et joue durant toute la journée...Ce fut ma vie. Du fait que le tennis est solitaire ou un sport individuel je suis devenu un jour joueuse professionnelle. J'ai passé beaucoup de temps ainsi soit en m'entraînant ou en voyageant. Les seules que je faisais en dehors de la pratique de ce sport fut d'écouter de la musique tout particulièrement lorsque je voyageais, de ma maison aux cours de tennis et plus tard dans les avions, trains, voitures...Je pouvais écouter un album encore et encore tellement souvent que j'imaginais un jour d'avoir mon propre label musical...donc mon enfance fut le formation, le jeu et écouter de la musique ! Le tennis m'a donné l'opportunité de voyager et d'être dans les universités des pays où je jouais. J'ai également étudié le journalisme. Dans le même temps je me suis impliquée dans différents projets.

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Comment a pris forme cet intérêt pour ces artistes musicaux et plus particulièrement pour la musique chinoise ?

J'ai et suis toujours dans la musique indépendante et alternative. J'avais ma propre émission radio aux Etats-Unis : « Pumping on your stero ». L'émission évoquait la scène alternative et rock progressif en Europe et aux Etats-Unis...J'aime la musique et je vais dans des concerts. Et partout où je vais et où je voyage, j'essaye de chercher des musiciens locaux et de la musique à écouter. Je ne me souciais donc jamais d'où provenait la musique du moment que je pensais qu'elle était bonne. Par ailleurs en Californie, j'ai commencé à organiser des concerts avec un ami qui connaissait des choses au Vietnam. Nous avons alors commencé une société d'événementiel ensemble et nous avons organisé des concerts en Croatie et en Europe, j'ai donc commencé à donc réfléchir de plus en plus à ma vie et ce que je souhaitais faire. Au même moment je jouais au tennis à Berlin, en Allemagne mais une blessure au genou m'a fait cesser le tennis et m'a fait mettre le cap vers l'Asie...tout d'abord à Singapour et ensuite Hong Kong et la Chine où j'ai pu voir un concert d'Helen Feng de Nova Heart... Ils ont joué l'un de leur premier concert à un festival, ici, à Hong Kong et elle m'a emporté avec sa performance et sa présence scénique. J'ai été accro après cela et j'ai voulu tout connaître d'eux et de la scène musicale chinoise. J'ai donc commencé à m'y mettre et aller à un paquet de concerts en Chine et je fus surprise et étonnée de voir combien ils étaient bons. Même si je ne comprenais pas les paroles, cela importait peu du fait de la qualité musicale et de la performance, ce qui faisait toute la déifférence.

 

Comment est née l'émission «China calling » ?

J'ai travaillé et j'aide toujours des groupes à venir en Asie et les mettre en contact avec différents promoteurs ainsi que des lieux pour jouer au Vietnam, Thaïlande, Chine, Hong Kong. J'ai donc de bonnes connaissances de ce qui se passe au niveau musical en Asie et je voulais vraiment faire une émission sur la musique indépendante et alternative. Ainsi lorsque j'ai vu que GFM allait mettre en place une station de radio et allait commencer des émissions, je fus là dès le début en les dérangeant et en leur demandant presque chaque jour, 10 fois par jour quand je pourrai avoir ma propre émission. Comme il n'y avait pas dans le monde en dehors de la chine d'émission sur la musique indépendante chinoise et comment je connaissais vraiment le sujet, nous avons pensé que ce serait une idée grandiose de le faire et de mettre en avant au niveau international des artistes chinois.

 

Comment mettez-vous en place chaque émission ?

A la base, je vais à des concerts et je rencontre des gens. Je prends des contacts en Chine : des musiciens, promoteurs, amis, des gens que je rencontre lors de concerts et puis je discute de la musique et des groupes..Il y a beaucoup de recherche et j'essaye que les groupes m'envoient leurs MP3 en ligne. C'est la partie la plus dure de mon travail de pouvoir avoir toutes les musiques que je souhaite...Vous voyez quand j'ai commencé l'émission, il y avait pour ainsi dire aucune musique de groupes indépendants ou de groupes undergrounds chinois à la station. J'ai donc personnellement récupéré toutes les chansons que vous pouvez entendre dans l'émission par les groupes ou par des amis d'amis qui m'envoient le matériel ou qui prennent contact avec un grand nombre de personnes...Cela devient plus facile maintenant mais récupérer la musique est la partie la plus dure du fait qu'il y a de nombreux musiciens et que tous ne mettent pas en ligne leurs compositions ou ne donnent pas de détails pour les contacter. J'essaye donc de toujours garder un bon contact avec les gens en Chine.

Comment selectionnez-vous les artistes que vous mettez en avant dans « China Calling » ?

Pour être honnête, je les mets dans l'émission car je les aime ! J'ai écouté tellement de musique et tellement de groupes. Chaque fois que je prépare l'émission j'écoute chaque artiste de nombreuses fois et souvent je ne peux mettre tout le monde dans l'émission hebdomadaire qui dure une heure. Je dois donc attendre le bon moment pour les diffuser mais je joue tous ceux que j'aime vraiment ou ce que les personnes me conseillent...J'aime chercher de nouvelles musique et de nouveaux groupes. Travailler sur cette émission c'est exactement faire cela et trouver des gens ainsi que leurs histoires uniques. C'est vraiment excitant de couvrir une telle partie du monde et de parler avec des gens qui écrivent leur propre histoire en Chine.

Quel est votre meilleur souvenir, jusqu'à présent, de cette émission ?

L'émission est toute nouvelle mais il y a eu vraiment des nuits sympas à Pékin, à travers des concerts où j'ai rencontré des gens et des musiciens...La dernière fois que j'ai été à Pékin, je suis allé dans un petit disquaire pour chercher de la nouvelle musique et il y avait ce type qui travaillait là et qui avait essayé de m'aider et qui m'a fait écouter une poignée d'albums... Il m'a fait écouter n'importe quel album que je souhaitais et nous étions là en train d'écouter des groupes indépendants chinois. Il était en train de fumer et il y a des personnes qui sont venus dans la boutique demandant quels étaient les groupes que nous étions en train de jouer du fait que la musique était entendue dans la rue. Il devait normalement fermer la boutique à 22h et minuit arriva nous étions encore dans ce petit disquaire à écouter des groupes chinois et des gens nous ont rejoint...Ce fut vraiment sympa et cela m'a rappelé une de mes boutiques préférées où je me rendais en Allemagne il y a 15 ans. J'avais donc l'impression de revenir à cette période où j'écoutais un album dans un disquaire en prenant le temps de me décider lequel j'allais acheter alors que nos jours tout est sur internet et que les gens écoutent rapidement de la musique et passent ensuite à autre chose.

Vous avez un pied à Hong Kong et un autre en Chine continentale. Comment voyez-vous l'évolution de la musique indépendante dans ces territoires chinois ?

Je pense qu'être située à Hong Kong et si proche de la Chine continentale me permet vraiment d'être ouverte et d'avoir une vision différente de ce qui se passe. Je peux voir les choses de différentes perspectives. Mais la chose la plus intéressante pour moi est de voir comment des choses similaires en Chine me ramènent à d'autres choses lorsque j'ai grandi. Je suis née en Yougoslavie juste avant la guerre et je n'étais qu'une petite fille. Je ne peux pas vraiment me rappeler de beaucoup de choses mais je sais de l'histoire de mes parents que la musique était partout et que les gens avait pour habitude de jouer à Zagreb, chaque nuit dans différents endroits et il y avait de nombreuses personnes créatives. Vous pouviez donc discuter une minute avec un ami musicien, ensuite prendre une bière avec un auteur reconnu et la minute suivant vous pouviez voir un concert d'un nouveau groupe en ville. Il y avait toujours quelque chose qui se passait. Et c'est ainsi que ça se passe en ce moment à Pékin ou du moins de ce que j'ai pu voir alors que j'étais là-bas...Je pense que la scène musicale indépendante est quelque chose d'assez récente en Chine et parfois j'ai l'impression de revenir des années en arrière, il y a 20 ans ! Les gens écoutent toujours Sonic Youth, Joy Division, Bauhaus, tous ces groupes post-industriels et il s'habillent et discutent de manière différente. Mais il y a ce sentiment de changement et je pense que Pékin est ou deviendra le centre du monde pour n'importe quel musicien qui souhaite faire ce qu'il veut et créer sa propre histoire et son propre son. Il y a de nombreuses opportunités. Je pense que bientôt, sans doute cette année, le monde entendra de plus en plus de musiciens venant de Chine.

 

La musique de Chine continentale n'est justement pas pour le moment mise en avant, notamment comparé à d'autres pays asiatiques. Comment expliquez-vous cette situation et qu'est ce qui pourrait faire que cela change ?

Je pense que la scène musicale indépendante en Chine est vraiment DIY (ndr : « fais-le toi même ») mais cela grandit et des labels comme Maybe Mars, Modern Sky et quelques promoteurs aident les groupes à jouer en dehors de Chine et avoir plus d'exposition en les faisant tourner dans des concerts. Une fois que les gens viendront voir ces concerts et la qualité de ces groupes, il prendront au sérieux ces artistes chinois et ensuite cela changera.

Pour quelqu'un qui n'a jamais entendu d'artiste de Chine continentale que lui conseilleriez-vous ?

Je conseillerai de commencer par des groupes tels que Nova Heart bien qu'ils viennent tout juste de sortir leur premier album seulement en Chine (qui par ailleurs est brillant). Je pense que vous verrez et entendrez un peu plus d'eux dans un futur proche. Mais si vous êtes en France vous pouvez accéder à leur EP en ligne. En dehors de cela je dirai Snapline et leur album « Party is Over Pornostar » ! Vous pouvez écouter sur bandcamp. Je conseillerai également Birdstriking, Re-Tros et récemment j'ai découvert une nouvelle formation électronique que j'aime beaucoup. Ils jouent des instruments lives durant leurs concerts et ils vont venir en France cet été ainsi que dans d'autres endroits en France. Il s'agit de Junglemico Project ! Je ne voudrai pas donner beaucoup de noms de groupes car vous devez prendre votre temps et écouter chaque album, commencez-donc par ceux-là.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite de l'aventure « China Calling » et avez-vous un message pour le public français ?

Et bien vous pouvez me souhaiter que l'émission marche bien et que je puisse avoir plus de gens, venant particulièrement d'autres endroits du monde, qui commencent à s’intéresser à de la nouvelle musique. Cela signifiera qu'il y a un plus grand intérêt pour la scène chinoise alternative et peut être que cela pourra aider ces groupes à pouvoir faire des festivals et des tournées en dehors de la Chine. Ainsi chacun pourra voir combien de grande artistes et musiciens il y a, pas seulement en Europe ou aux Etats-Unis mais aussi dans d'autres endroits du monde.
Pour le public français, je dirai regardez de nouveaux groupes et musiciens à travers le monde s'ils viennent chez vous...Je pense qu'il n'y a rien de mieux que de découvrir un nouvel artiste et d'écouter son histoire...

 

© Photos : Vlatka Jovanovic
© Interview réalisée par E-mail - Kochipan (mars 2015)


Merci à Vlatka Jovanovic pour avoir accepté cette interview ainsi que pour son accueil

 

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