Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

KOCHIPAN

Un autre regard sur l'Asie orientale


Interview : Aurélie Martinaud (Lab47)

Publié par Kochipan sur 20 Août 2016, 10:18am

Catégories : #Interviews

Interview : Aurélie Martinaud (Lab47)

Situé au coeur de Pékin, dans le district de Dongcheng, le Lab47 se veut être un laboratoire de recherche et d'expérimentation en art, un lieu ouvert aux expressions artistiques contemporaines. A l'occasion du festival des espaces d'art indépendant qui se tient jusqu'au 28 août dans la capitale chinoise, Kochipan a pu s'entretenir avec la co-fondatrice du Lab 47 Aurélie Martinaud...

Qu'est ce qui vous a mené à vous établir à Pékin et comment le projet Lab 47 est-il né ? 

La première fois que je suis arrivée en Chine s’était en 2003 ; j’étais encore étudiante à la fac (en maîtrise d’arts plastiques) et j’ai eu l’opportunité de venir à Tianjin enseigner le français à l’École des Beaux Arts. Je suis restée jusqu’à juillet 2006. Après j’avais besoin  de concret (la Chine cela restait comme un rêve), donc retour en France, agrégation, enseignement, etc. Et puis, la Chine me manquait (à mon mari aussi, il est chinois), donc nous avons décidé de revenir. Comme mon mari a trouvait du travail sur Pékin, toute la famille a emménagé ici.
Pour le LAb47, cela s’est passé aussi tout simplement. Geng Han est un ami que j’ai connu en 2003 à Tianjin. A chaque que nous nous voyions, nous parlions d’ouvrir un lieu ensemble pour créer des expositions et des événements qui auraient plus de sens et qui stimulerait notre pratique de critique d’art. En 2014 nous nous sommes tous retrouvés à Pékin : c’était le bon moment, et le LAb47 est né.

Quelle est votre définition ou vision de l'art contemporain ? 

C’est justement ce sur quoi j’ai travaillé ces dernières années (je termine une thèse que je présente en décembre à l’Université de Provence ). Pour moi, finalement ce qu’on appelle « l’art contemporain » est un genre artistique qui a commencé au début des années 60 , et qui répond à un certains nombres de codes sociaux, esthétiques et économiques. Maintenant, la question est davantage de savoir en quoi une œuvre peut-elle être considérée comme contemporaine : et là pour moi, il s’agit de l’expérience que cette œuvre nous faire. Une œuvre pour moi est contemporaine à partir du moment où elle suscite et induit une expérience qui nous plonge dans la contemporanéité, qui est finalement juste le fait de ce sentir être présent (au moment et à l’endroit nous nous trouvons).

Le Lab47 est situé dans un Hutong au centre de Pékin. Quels sont les atouts d'une telle situation géographique ? 

Nous voulions absolument trouver un espace dans le centre ville, afin de participer à l’évolution historique d’un quartier. Beaucoup de lieux d’art prennent place à l’extérieur du centre (à cause des loyers moins élevés) mais leur histoire est celle des banlieues nouvellement peuplées soit par les ouvriers paysans (mingong) soit par des populations riches (qui recrée des banlieues à lotissements luxueux). Nous voulions un rapport avec la ville de Pékin, son centre historique, ces habitations traditionnelles parce que cela révèle un mode de vie plus tranquille, plus paisible et plus simple.


www.karolinakazmierska.com

www.karolinakazmierska.com

Le Lab47 souhaite notamment familiariser le grand public avec l'art contemporain, comment cela se traduit-il ? 

Le Lab47 est situé juste devant une école primaire, il est entouré d’habitations. Tous les voisins nous connaissent, viennent voir les expositions, dialoguent avec les artistes quand ces derniers installent leur travail. Le Lab47 est ancien fond de commerce dont les portes sont vitrées. En général, le lieu est fermé mais le public peut voir les expositions depuis la rue. C’est comme cela que les parents assistent aux expositions en attendant les enfants à la sortie de l’école. Nous organisons les vernissage directement dans la rue : ainsi l’accès et la participation sont libres et ouverts à tous. Les gens qui d’habitude ont peur d’entrer dans les galeries, viennent nous parler, nous leur expliquons ce que nous faisons et les invitons à entrer, visiter l’exposition. 

Lab47 se définit comme un laboratoire de recherche et d'expérimentation en art. En quoi cela consiste-t-il exactement ? 

L’idée était d’offrir un lieu dans lequel les artistes pouvaient se sentir libres d’expérimenter de nouvelles choses dans leur pratique. Déjà la morphologie de l’espace (un long couloir se terminant par une petite alcôve carrée, formant en tout un espace de 12m2) est une incitation à l’exploration de nouvelles pratiques. Chaque artiste depuis le début – et sans que nous y ayons pensé vraiment – a pris en compte les particularités du lieu pour les introduire dans  son travail. Il s’est trouvé que cela a permis de renouveler certaines pratiques, de  permettre aux artistes de tenter des pièces ambitieuses qu’ils n’auraient jamais pu réaliser dans un espace plus grand ou même plus officiel.

Comment s'opère la sélection des artistes que vous mettez en avant ?

Cela est très varié. Parfois, ce sont des artistes que nous rencontrons et qui nous demande de travailler chez nous. Parfois, nous invitons des artistes que nous connaissons et que nous aimons. Parfois nous avons une idée, un concept d’exposition et nous cherchons des artistes pour travailler ensemble sur un projet. Nous avons présenté à chaque fois des choses très différentes : si cela nous plaît, nous l’exposons. Voilà tout !

Pour un public néophyte que conseilleriez-vous avant d'entamer les découvertes artistiques que vous proposez ? 

Il n’y a aucune préparation si ce n’est être ouvert à expérimenter de nouvelles choses. Il s’agit juste de sa laisser aller à ses sensations, de prendre ce que l’on peut des œuvres que l’on voit même si on ne comprend pas tout. Le but de notre démarche est également de faire partager au public un moment de dialogue, et d’échange entre différents groupes de gens (artistes, passionnés, passants et promeneurs, voisins du hutong, néophytes) autour d’un goûter sympathique. C’est un moment chaleureux et conviviale aussi. Ne jamais oublier que l’art est un plaisir avant tout !

www.facebook.com/iasbeijing

www.facebook.com/iasbeijing

Quels seront les prochains événements que vous proposerez au public pékinois ? 

Pour les derniers événements de l’année : il y aura le Festival des espaces d’art indépendants de Pékin, IAS Beijing du 21 août au 28 août durant lequel nous présenterons une installation de Karolina Kazmierska et une performance live de Cao Xiaoyang ; puis nous allons travailler avec l’architecte Wang Chenfei sur un projet pour la Design Week fin septembre ; et enfin, nous préparons un grand événement pour fêter les 2 ans du Lab47 : il y aura une exposition et une soirée musicale avec Yannick Barman (jazz électro), Cao Xiaoyang et Wang Yao ainsi que des DJ locaux. (la soirée aura lieu le 20 octobre)

Que peut-on vous souhaiter pour la suite de l'aventure du Lab 47 ? 

Je vais être directe : plus de soutiens financiers !!!! Je plaisante mais il faut le dire tout de même : les espaces indépendants vivent sur les ressources personnelles de leurs organisateurs et des aides minimes des fondations qui les soutiennent. En Chine, les fondations sont très peu nombreuses. Ces lieux sont importants pour les populations chinoises mais aussi pour les expatriés qui vivent en Chine. Ils permettent non seulement une ouverture culturelle mais également une possibilité de rencontrer des gens intéressants venant de partout dans le monde. 


© Interview réalisée par E-mail - Kochipan (août 2016)
© Photos/illustrations : Lab47/
Karolina Kaźmierska/Ias Beijing

Merci à Aurélie Martinaud pour son accueil ainsi que pour avoir accepté cet entretien pour Kochipan

Exposition de l'artiste 
Karolina Kaźmierska en collaboration avec Cao Xiaoyang le 21 août 2016 au Lab47 à Pékin 

Site du Lab47

Facebook d'IAS Beijing
 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Nous sommes sociaux !

Articles récents