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KOCHIPAN

Un autre regard sur l'Asie orientale


Interview : Li Zhiwu

Publié par Kochipan sur 5 Juin 2015, 12:00pm

Catégories : #Interviews

Interview : Li Zhiwu

Li Zhiwu est un artiste chinois qui oeuvre dans le lianhuanhua. Son travail a été publié pour la première fois en France grâce aux Editions de la Cerise et à Yohan Radomski qui a initié ce projet. Il est venu en France en février dernier pour présenter "Au Pays du Cerf Blanc" qui adapte en bande dessinée le roman de Chen Zhongshi. C'est à cette occasion que Kochipan a pu rencontrer cet humble artiste de talent...

Bonjour, pourriez-vous vous présenter aux lecteurs de Kochipan qui feraient votre connaissance aujourd'hui ?

Je travaille dans une compagnie d'assurance. La bande-dessinée est un loisir. Je dessine des Lianhuanhua depuis que je suis enfant et j'ai toujours continué. Quand j'avais 7 ans, j'avais pris des cours de dessin et auparavant j'avais commencé à apprendre par moi-même. J'allais souvent à la campagne avec mon professeur pour faire des croquis. Lorsque j'avais 15 ans, j'ai créé une histoire qui retraçait la guerre contre le Japon. 
Dans les années 80, certaines de mes histoires courtes ont été publiées dans des revues. En 1985 mon premier album est sorti avec un certain succès. 
Par la suite j'ai fait l'adaptation de deux romans. Tout d'abord "un monde ordinaire" en 1992 et ensuite "Au pays du cerf blanc" en 2002. La maison d'édition "Les beaux arts populaires de Pékin" a publié ces lianhuanhua. Des expositions ont ensuite été organisées à Pékin, suite à ces albums.


Les lianhuanhuas sont forts méconnus en France. Quelles sont les caractéristiques principales de ce mode d'expression et de quel type de bagage aurait besoin un lecteur occidental avant ce type de lecture ? 

Il y a beaucoup d'images pour raconter une histoire. Les lianhuanhuas sont plutôt des histoires réalistes avec beaucoup d'adaptations littéraires notamment les grands classiques chinois. Après il existe une spécificité au niveau du graphisme. Ainsi il y a des artistes, comme moi, qui utilisent des ustensils liés à la peinture traditionnelle chinoise. Ou alors on peut retrouver également des illustrations plus réalistes. Chaque image doit symboliser la scène.  On est dans l'illustration de textes. 

Interview : Li Zhiwu

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Vous avez évoqué votre travail d'adaptation d'"un monde ordinaire" et d'"au pays du cerf blanc". Comment vous êtes vous réaproprié ces oeuvres et quel a été votre travail sur ces récits ? 

En ce qui concerne le travail d'adpatation cela implique pour moi un travail de recherche sur l'époque : la façon dont les gens étaient habillés, comment ils vivaient...Dans l'image il y a donc des éléments qui n'existent pas dans le roman. Au niveau du graphisme j'ai travaillé sur un style traditionnel chinois. 

Comment selectionnez-vous les différentes scènes que vous mettez en images ? 

J'ai travaillé avec une adaptatrice qui avait selectionné les différentes scènes. 

A la lecture d""au pays du cerf blanc", on se rend compte du soucis du détail et du réalisme des différents décors. A contrario les personnages semblent plus relever de la caricature. Comment s'est opéré ce choix particulier ? 

Je voulais que dans ces images on puisse reconnaître ma touche. 

Interview : Li Zhiwu

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C'est avec "Au pays du cerf blanc" que le lectorat français a pu faire connaissance avec votre oeuvre. Comment s'est porté le choix sur ce roman ? 

Je connaissais les décors, l'environnement... Je souhaitais ainsi évoquer ma propre région, le Shaanxi. 
C'est une oeuvre qui 10 ans après garde cette qualité d'origine. Je suis revenu sur mes dessins, à la demande de l'éditeur. Il y a certains dessins que j'avais peut être oubliés mais j'étais content de les revoir et beaucoup étaient déjà très réussis à l'époque. 
Au départ je ne pensais pas que cela serait publié dans un autre pays. Je fus très surpris de voir un étranger (ndr Yohan Radomski à l'origine du projet en France) s'intéresser ainsi à mon travail.

Vous avez présenté notamment cet album cette année au festival de la bande-dessinée à Angoulême. Quel en a été votre ressenti et existe-t-il ce type de manifestation en Chine ? 

J'ai été très bien accueilli et beaucoup de Français ont apprécié mon travail notamment des dessinateurs. 
En Chine, il y a des manifestations liées à la bande-dessinée mais elles n'ont pas du tout cet ampleur. 

Quel impact ont des créations de type lianhuanhua dans la Chine actuelle ? 

Les lianhuanhuas furent très importants durant les années 50-60 mais aujourd'hui très peu de personnes en lisent. C'est très moribond. Il y a très peu d'oeuvres destinées aux adultes. 
La situation peut s'expliquer par la concurrence d'autres média comme la télévision ou internet. Par ailleurs, dans les années 80 les maisons d'édition ont constaté qu'elles ne gagnaient pas d'argent avec les lianhuahuas et cela aussi contribué à ce déclin. Il y a également de moins en moins d'artistes qui s'intéressent aux lianhuanhuas. La bande-dessinée étant considérée à destination des enfants. 

La publication en France des lianhuanhua peut-elle inciter à inverser la tendance en Chine ? 

Je pense qu'il peut y avoir une influence portée sur le lianhuanhua en Chine. 

En début d'entretien vous nous avez dit que vous exerciez votre oeuvre en plus de votre travail professionnel. Comment arrivez-vous à concilier ces deux activités ? 

J'essaye de faire ça à côté de mon travail le soir ou le week-end. Ce n'est pas toujours facile. 

Quels sont vos projets ? 

J'ai commencé à travailler sur l'adaptation d'un roman de Jia Pingwa : "Qin Qiang".

Avez-vous un message pour les lecteurs qui souhaiteraient découvrir les lianhuanhuas ? 

J'espère que les gens apprécieront mon travail et j'invite les gens à se projeter sur les lianhuanhuas. C'est une expérience de lecture différente de ce que vous connaissez dans le domaine de la bande-dessinée. 

 

© Images d'illustration : Li Zhiwu 
© Interview réalisée au mois de février 2015 - Kochipan 

 

Merci à Li Zhiwu d'avoir accepté cette interview pour Kochipan ainsi que pour son chaleureux accueil.
Merci aux Editions de la Cerise et plus particulièrement à Julien Fouquet-Dupouy et Laura Karayotov qui ont permis la réalisation de cette interview.
Merci à Yohan Radomski pour son aide sur cette interview ainsi que pour les différentes illustrations de cet article.


 

Site des éditions de la Cerise

Blog de Yohan Radomski

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